Dimanche 21 février 2021 — 37ème dimanche après la Pentecôte

 Dimanche du publicain et du pharisien

(Lc 18 ;10-14)

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,

 

« Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l’un était pharisien, et l’autre publicain » (Lc 18,10).

Le pharisien se tient debout, il prie en lui-même, il se tourne vers Dieu avec action de grâce. Mais il n’a aucune demande à adresser à Dieu.

La prière, c’est possible, peut être une action de grâce, mais, avant toute chose, c’est une demande dirigée vers Dieu.

Le publicain se tient sur le côté, il n’ose pas lever les yeux vers le ciel, il prononce une prière qui apparaît comme un cri pour demander de l’aide.

Le publicain a l’expérience de la prière, il sait que, pour prier profondément, il faut se reconnaître misérable, indigne, pécheur…

A la fin, il espère en la miséricorde de Dieu. Il termine sa prière par ces mots :

« O Dieu, sois moi miséricordieux, qui suis un pécheur » (Lc 18, 13).

Cela ressemble à la prière de Jésus ou à la prière du cœur :

« Seigneur, Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur ».

« Car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé » (Lc 18,14).

L’humilité, c’est une vertu très importante dans l’église, et aussi dans la vie.

Il ne s’agit pas seulement de l’humilité du corps, ou de l’humilité de la parole, ou encore de l’humilité de l’apparence ; non, il s’agit de l’humilité intérieure, de l’humilité du cœur, celle de l’esprit, de l’intelligence et de l’âme.

Le publicain, il entre dans l’église, il s’humilie, il se frappe la poitrine, il demande à Dieu le pardon et il retourne dans sa maison justifié.

Aujourd’hui, dans notre monde contemporain, on méprise l’humilité, on la rejette et, même, on l’exclut. Au contraire, il nous est proposé de manifester de l‘orgueil, de la supériorité et du mépris.

« Le pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : O Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes » (Lc 18,11).

Aujourd’hui, nous pensons, par erreur, que l’humilité, c’est un signe de faiblesse, une marque d’impuissance, le signe d’une position d’infériorité.

Malheureusement, c’est une opinion répandue, y compris dans l’Eglise.

Tout d’abord, c’est quoi l’humilité ? Dieu, Lui-même, est modeste, humble.

Par conséquent, l’humilité, c’est une qualité divine, c’est une vertu surnaturelle.

Celui qui se rapproche de Dieu, celui qui se tient près de Dieu, il participe à son humilité divine, il se revêt de son humilité.

Par exemple, Marie, Mère de Dieu ; saint Séraphin de Sarov ; saint Serge de Radonège ; et aussi chacun d’entre nous, lorsque nous nous trouvons en relation avec Dieu, à travers notre prière.

C’est Dieu Lui-même qui nous a donné cet enseignement dans l’évangile :

« Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » (Mt 11,29).

Hier soir, pendant l’office de vigile, nous avons entendu des prières extraites du triode de carême.

Le grand carême commence par des prières sur l’humilité.

Après la lecture de l’Evangile et l’annonce de la Résurrection du Christ, nous chantons un tropaire qui sera entendu au cours du grand carême :

« Ouvre-moi les portes du repentir, ô donateur de vie, mon esprit veille sur ton temple saint, qui porte le temple de mon corps tout souillé : mais, parce que tu es clément, purifie-moi par ta miséricorde compatissante ».

 

Amen.

higoumène Alexis

 

 

Lundi 15 février 2021

Fête de la sainte rencontre du Seigneur  (Lc 2 ; 22-40)

 

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,

Nous célébrons, aujourd’hui, la fête de la sainte rencontre du Seigneur ou la fête de la présentation du Seigneur dans le temple, le 2 février de chaque année.

Cette fête a lieu au bout de 40 jours après la fête de la naissance du Christ.

Saint Luc est le seul parmi les quatre évangélistes, qui nous montre Joseph et Marie, fidèles à la Loi : ils présentent Jésus dans le temple, 40 jours après sa naissance à Bethléem.

L’enfant Jésus, premier-né de Marie, est offert (en sacrifice) selon la Loi, alors qu’Il nous a donné la Loi. C’est étonnant !

C’est le signe de l’obéissance du Fils de Dieu, c’est aussi le signe de son humiliation.

Nous allons fêter Pâques dans moins de trois mois. Cela nous enseigne, par avance, que le Christ est d’accord pour mourir sur la croix, sur le mont Golgotha, avant qu’Il ne ressuscite.

Le Saint Esprit repose sur le vieillard Siméon et le conduit vers le temple, afin qu’il reçoive dans ses bras l’enfant Jésus, le Fils de Dieu, qui s’est incarné.

Nous pouvons lire cette magnifique prière dans l’évangile selon saint Luc :

« Maintenant, Maître, Tu laisses aller en paix ton serviteur, selon ta parole, car mes yeux ont vu ton salut, que Tu as préparé à la face de tous les peuples, Lumière qui se révèle aux nations et gloire de ton peuple Israël » (Lc 2 ; 29-32).

Ce cantique de Siméon est lu à la fin de l’office des vêpres, juste avant de dire la prière du Notre Père.

Pourquoi ? Parce que l’office des vêpres nous permet de revivre la longue attente du Christ par le peuple d’Israël, dans l’Ancien Testament.

Pendant l’office des vêpres, le chœur chante un cantique sur la lumière du soir, sur cette autre lumière que Siméon a vue dans le temple :

« Lumière joyeuse de la sainte gloire du Père immortel, céleste, saint et bienheureux, ô Jésus-Christ. Parvenus au coucher du soleil, voyant la lumière du soir, nous chantons Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. Tu es digne dans tous les temps d’être célébré par des voix saintes, ô Fils de Dieu qui donnes la vie ; aussi le monde Te glorifie ».

Voilà pourquoi il est si important, si possible, de venir à l’église et d’être présent à l’office de la vigile, le samedi soir.

Cela nous prépare à la divine liturgie.

Cela nous aide à mieux comprendre les événements de l’Ancien Testament à travers les psaumes, les lectures bibliques, les chants religieux, les odes et les cantiques.

A la fin, il est nécessaire de dire quelque chose de très important : la tradition liturgique orthodoxe a élaboré le service de la vigile. C’est un office unique, qui nous révèle simultanément : l’Ancien Testament, le Nouveau Testament, la Résurrection du Christ, le repentir, l’expulsion hors du paradis, le pardon, le retour dans la maison du Père, l’alternance du jour et de la nuit, l’alternance de la lumière et des ténèbres.

Vraiment, chaque chrétien orthodoxe doit s’efforcer d’assister (et de participer) à cet office, aussi souvent que possible. Pour se purifier et devenir digne avant de communier, pendant la liturgie, le lendemain matin. 

Amen.

higoumène Alexis

 

 

Dimanche 14 février 2021 — 36ème dimanche après la Pentecôte

 Avant-fête de la sainte rencontre du Seigneur

Dimanche de Zachée  (Lc 19 ;1-10)

 

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,

« Et voici, un homme riche, appelé Zachée, chef des publicains, cherchait à voir qui était Jésus » (Lc 19, 2).

Zachée, il ne désire pas seulement voir Jésus, il veut voir qui est Jésus, il essaye de découvrir le mystère de la personne du Christ.

C’est vrai pour nous tous : ce n’est pas seulement la question de connaître le Jésus historique ou Jésus de Nazareth. C’est essayer de percer, même un tout petit peu, le mystère du Christ, le Fils de Dieu.

Il s’agit de comprendre le fait que le Christ est venu sur terre pour nous sauver et nous rendre notre dignité et notre liberté, pour nous révéler l’image de Dieu qui se trouve en chacun de nous.

Jésus est notre pasteur, qui possède cent brebis : s’Il perd une brebis, Il laisse les 99 autres brebis dans le désert afin de chercher celle qui s’est perdue, jusqu’à ce qu’Il la trouve.

« De retour à la maison, cet homme appelle ses amis et ses voisins, et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, car j’ai trouvé ma brebis qui était perdue » (Lc 15, 6).

Zachée désire voir Jésus, mais il ne le peut pas, parce qu’il est petit.

Pour faire court, être de petite taille signifie : ne pas avoir une grande connaissance sur Dieu, ne pas posséder de vertus, ne pas avoir de la patience, manquer de pureté, manquer de temps consacré à la prière.

En ce sens, nous sommes tous petits.

Et ainsi, comme aussi Zachée, nous devons monter sur un arbre afin de compenser notre faiblesse spirituelle et de contempler qui est le Seigneur.

Zachée : il veut voir qui est Jésus, il essaye de découvrir le mystère du Christ, il espère dans la venue de Jésus dans sa propre maison, en dernier lieu, il espère dans le salut.

Finalement, Zachée suit le conseil que Jésus nous a donné dans l‘évangile :

« Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Mt 6,21).

Zachée nous enseigne, aujourd’hui, que nous devons désirer ce qui est juste : c’est-à-dire voir qui est Jésus, connaître Dieu un peu plus chaque jour, découvrir la justice de Dieu et, en particulier, choisir la vraie vie.

La vie véritable, c’est la vie dans le Royaume de Dieu, c’est aussi la vie éternelle.

A propos de la vie éternelle, le Christ nous a laissé cette magnifique définition, dans une longue prière adressée à son Père, dans l’évangile selon saint Jean le théologien :

« La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jn 17, 3).

Amen.

higoumène Alexis

 

 

Dimanche 7 février 2021 — 35ème dimanche après la Pentecôte

 Saint Grégoire le théologien, archevêque de Constantinople (Lc 18 ;35-43)

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,

« Un aveugle était assis au bord du chemin, et mendiait » (Lc 18,35)

Cet aveugle, il se trouve sur le bord du chemin, il est isolé et il est même exclu.

C’est vrai pour chacun d’entre nous : avant que nous rencontrions le Seigneur, nous sommes, d’une certaine façon, séparés et éloignés, hors du chemin.

A la fin, cet aveugle voit de nouveau et il marche derrière Jésus. Désormais, il ne se trouve plus sur le bord du chemin : il est pleinement dans le chemin, il va derrière le Seigneur et il aspire à devenir semblable à Lui. La vie nous a été donnée pour trouver le chemin et, ensuite, pour aller sur le chemin à la rencontre du Seigneur.

« Jésus lui demanda : que veux-tu que je te fasse ? Il répondit : Seigneur, que je recouvre la vue » (Lc 18,41).

Nous sommes libres dans l’Eglise devant Dieu : Dieu n’oblige personne à Le suivre.

Chaque croyant doit demander à Dieu ce qu’il souhaite et ce qu’il espère obtenir.

S’il est malade, il doit prier devant Dieu, il doit Lui demander d’être pardonné puis d’être guéri. S’il est insistant et persévérant dans sa prière, alors il sera guéri et il recouvrera la santé.

Nous connaissons bien cet enseignement que nous a laissé Jésus et que nous trouvons dans l’évangile selon saint Jean :

« Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père » (Jn 15,15).

« Entendant la foule passer, il demanda ce que c’était » (Lc 18,36).

Cette foule qui passe représente un obstacle et l’aveugle, qui désire être guéri et rejoindre le Seigneur, doit la surmonter.

Tout d’abord, nous pensons à Zachée, cet homme riche, chef des collecteurs d’impôts : il désirait voir qui était Jésus mais il ne pouvait pas Le voir à cause de la foule et, aussi, à cause du fait qu’il était de petite taille.

Puis nous pensons à cet homme paralysé, que portent quatre hommes : ces hommes ne peuvent pas atteindre et arriver jusqu’à Jésus à cause de la foule. Ils font une ouverture dans le toit et, à travers cette ouverture, ils descendent l’homme paralytique jusqu’aux pieds de Jésus.

Que peut-on dire à propos de la foule, quelle est sa signification, qu’est-ce qu’elle représente ?

La foule, cela correspond aux pensées, aux préoccupations, aux inquiétudes, aux habitudes, à l’attachement que nous avons pour notre vie quotidienne ; et cette foule nous empêche de rencontrer Jésus, de Le rejoindre, de marcher derrière Lui et de devenir l’un de ses disciples.

Au cours de chaque divine liturgie, juste avant la grande entrée, le chœur chante cette très belle prière :

« Nous qui, dans ce mystère, représentons les chérubins et chantons l’hymne trois fois sainte à la vivifiante Trinité, déposons maintenant tous les soucis de ce monde ».

Amen.

higoumène Alexis

Dimanche 31 janvier 2021

34ème dimanche après la Pentecôte

 Saints hiérarques Athanase et Cyrille, archevêques d’Alexandrie (Lc 18 ;18-27)

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,

« Bon maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ?

Jésus lui répondit : Pourquoi m’appelles-tu bon ? Il n’y a de bon que Dieu seul » (Lc 18 ; 18-19)

Cet homme considère la religion, avant tout, comme une affaire morale, comme un ensemble de règles morales, qu’il est nécessaire de suivre et de respecter.

Non, la religion, en tout cas, dans la compréhension de l’Église orthodoxe, en premier lieu, ne consiste pas dans le fait d’accomplir telle chose et de ne pas commettre telle autre chose.

Non, la religion, c’est, d’abord, une relation et une proximité avec le Seigneur, c’est aussi une relation avec son prochain, dans tous les cas c’est une relation constituée à la fois d’amour et de crainte.

Ne pas voler, ne pas tuer, honorer son père et sa mère, ce sont de bonnes choses, mais ce n’est pas suffisant, évidemment, pour entrer dans le Royaume de Dieu et espérer obtenir la vie éternelle.

Non, le Royaume de Dieu ne s’achète pas avec de l’argent ; il ne s’obtient pas non plus par des vertus, par des qualités, par des actions ou bien par des mérites.

Afin de pouvoir entrer dans le Royaume de Dieu, l’homme ne doit pas aspirer à posséder davantage ni chercher à avoir plus, mais plutôt s’efforcer d’être : être une personne, être un disciple du Seigneur, être miséricordieux vis-à-vis des autres.

Jésus nous a enseignés que, pour les riches, c’est difficile d’entrer dans le Royaume de Dieu.

Le riche, ce n’est pas seulement celui qui possède beaucoup d’argent. Le riche, c’est celui qui remplit un travail accaparant, celui qui exerce des responsabilités importantes, celui qui est occupé par de nombreuses formes d’activités.

Le riche, c’est aussi celui qui cherche à atteindre la gloire des hommes, celui qui recherche le succès, celui qui espère obtenir le pouvoir.

Toutes ces choses ne durent pas et elles disparaissent ensemble avec ce monde qui passe, ce monde éphémère et prétentieux.

Pour pouvoir entrer dans le Royaume de Dieu, il est préférable de faire l’acquisition des vertus contraires : la pauvreté d’esprit, l’humilité, la patience, un travail caché effectué dans l’obscurité, la prière dans le secret du cœur, une profession ou un métier modeste.

Pour pouvoir entrer dans le Royaume de Dieu, nous devons accepter toutes les épreuves qui nous tombent dessus : la calomnie, les humiliations, les malheurs, les souffrances et, à la fin, la mort.

Nous pouvons lire cet enseignement dans l’évangile selon saint Jean le théologien :

« Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi. Vous aurez des tribulations dans le monde ; mais prenez courage, j’ai vaincu le monde. » (Jn 16,33).

Et puis il y a encore un autre enseignement tout aussi important et empreint d’une grande sagesse chrétienne, que nous trouvons dans la deuxième épître du saint apôtre Paul à Timothée :

« Pour toi, tu as suivi de près mon enseignement, ma conduite, mes projets, ma foi, ma douceur, mon amour, ma constance, mes persécutions, mes souffrances. A quelles souffrances n’ai-je pas été exposé à Antioche ? (….). Tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ seront persécutés. » (2 Tim 3 ; 10-12).

Amen.

higoumène Alexis


Le royaume de Dieu (19ème s.)

Dimanche 24 janvier 2021

dimanche après la Théophanie — (Mt 4 ; 12-17)

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,

« Jésus, ayant appris que Jean avait été livré, se retira dans la Galilée.

Il quitta Nazareth, et vint demeurer à Capernaum, située près de la mer, dans le territoire de Zabulon et de Nephtali » (Mt 4 ; 12-13).

Nous, les fidèles, qui désirons modestement devenir des chrétiens orthodoxes, nous devons apprendre à changer de place ou d’endroit, marcher sur un autre chemin, en silence, en acceptant que la volonté de Dieu s’accomplisse.

Le disciple du Seigneur, c’est celui qui essaye de ne pas se fâcher, de ne pas disputer, encore moins de se battre, en veillant à conserver précieusement la grâce divine qui nous a été conférée et qui nous est sans cesse accordée, à condition de s’en apercevoir avec les yeux du cœur.

« Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère est passible de jugement… » (Mt 5, 22).

« Dès lors, Jésus commença à prêcher, et à dire : Repentez-vous … » (Mt 4,17).

Nous les fidèles, nous devons apprendre aussi à nous repentir, chaque jour, autant de fois que nécessaire.

La venue du Royaume de Dieu, en nous, dépend de la façon dont nous l’accueillons par notre préparation, par notre pureté intérieure et, bien sûr, par notre repentir.

Mais que signifie, vraiment, le fait de se repentir ? Se repentir, c’est changer, c’est transformer, c’est retourner son esprit, c’est poser un regard différent sur les choses et sur les personnes que nous rencontrons au quotidien, c’est passer par une nouvelle naissance.

Et puis, se repentir suppose de purifier son cœur, pour voir Dieu. Nous connaissons bien cette béatitude puisque nous la chantons au cours de chaque divine liturgie et que nous pressentons qu’elle contient, en germe, un enseignement profond et juste :

« Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ! ». Il serait d’ailleurs plus correct et plus exact de donner cette traduction : « Heureux ceux qui sont purs de cœur, car ils verront Dieu ».

Enfin, se repentir signifie de renouveler et de changer le vêtement de notre âme.

Le jour de la fête de la Nativité du Christ (il n’y a donc pas si longtemps), nous avons entendu cette parole tirée de l’évangile selon saint Mathieu :

« Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin » (Mt 2,12).

Dès lors que, comme les mages, nous avons rencontré Jésus et que nous L’avons reçu comme le Christ, nous prenons la résolution de ne plus vivre comme avant, de ne plus marcher sur le même chemin, d’établir une relation différente avec ceux qui nous entourent.

« Dès lors, Jésus commença à prêcher, et à dire : Repentez-vous, car le Royaume des cieux est proche » (Mt 4,17).

A partir de maintenant, et même depuis que le Fils de Dieu s’est incarné et qu’Il est entré dans notre histoire ainsi que dans notre vie quotidienne, le Royaume de Dieu s’est rapproché de nous.

Mais ce rapprochement ne doit pas être compris comme se rapportant au temps ou bien à l’espace. L’Évangile nous parle sans cesse et nous expose des vérités éternelles.

Le Royaume de Dieu est devenu plus proche de nous, parce qu’il est en nous ou encore parce qu’il demeure en nous depuis le jour où nous avons été baptisés dans l’Église : à cet instant, la grâce du Saint Esprit s’est introduite dans notre cœur et, maintenant, elle est ancrée en nous, dans notre intérieur.

Jésus Lui-même nous a enseignés cela, dans l’Évangile :

« Les pharisiens demandèrent à Jésus quand viendrait le royaume de Dieu. Il leur répondit : Le Royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards.

On ne dira point : Il est ici, ou : Il est là. Car voici, le Royaume de Dieu est au milieu de vous » (Lc 17 ; 20-21).

A partir de maintenant, pour chacun d’entre nous, tout se passe à l’intérieur de nous, sur l’autel de notre cœur : la lutte, le combat, l’effort, le jeûne, la prière, l’épreuve, la tentation, etc.

Jésus nous a laissé un autre enseignement dans l’Évangile :

« Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme ; mais ce qui sort de la bouche, c’est ce qui souille l’homme. (…).

Ce qui sort de la bouche vient du cœur, et c’est ce qui souille l’homme.

Car c’est du cœur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les débauches, les vols, les faux témoignages, les calomnies » (Mt 15 ; 11-19).

Nous sommes, aujourd’hui, le dimanche après la Théophanie.

Mardi dernier, lors de cette grande et belle fête de la Théophanie, à la fin de la grande bénédiction des eaux, nous avons puisé de l’eau dans l’un des deux baptistères et nous avons ramené cette eau dans nos maisons et dans nos appartements, afin de pouvoir bénir et sanctifier le lieu quotidien de notre habitation.

En cette période marquée par le télétravail et, en ce moment, par un couvre-feu sévère, nous sommes tentés de nous mécontenter et de nous révolter, parce que nous ne pouvons pas sortir en toute liberté. Certes.

Nous pouvons nous en plaindre, nous pouvons vivement le déplorer, il faut pourtant l’accepter de bon gré et essayer d’en tirer une certaine sagesse de vie.

Cette restriction doit nous encourager et nous inciter à faire de notre demeure une petite église en miniature.

La tradition orthodoxe nous rappelle que la famille constitue une petite église.

Mais notre logement peut aussi et doit même devenir, petit à petit, une petite église. C’est là que nous pouvons prier, méditer, jeûner (on parle, ici, du jeûne des yeux et des autres sens), se poser, se reposer, se concentrer, lire, se ressourcer, retrouver des forces, y puiser de l’énergie, etc. loin du bruit, des images, de la publicité, de la foule et des tentations de toutes sortes.

Lorsque nous devons quitter notre logement, nous ne devons pas hésiter à nous signer devant une icône, à nous asperger d’eau bénite et à nous en remettre à la volonté de Dieu, afin que le Seigneur nous protège et qu’Il nous garde, en toutes circonstances.

Amen.

higoumène Alexis

Mardi 19 janvier 2021

fête de la Théophanie-baptême du Christ (Mt 3 ; 13-17)

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,

L’Église orthodoxe, aujourd’hui, a conservé un seul événement de la vie du Christ le 6 janvier (ou le 19 janvier, ancien style) : le baptême de Notre Seigneur.

C’est la seule manifestation de Jésus qui est proclamée ce jour-là.

Les quatre évangélistes accordent à cet événement une très grande signification, aussi importante et aussi grande que la fête de l’Exaltation de la Croix ou même que la Résurrection de Notre Seigneur.

Jésus est âgé de 30 ans au moment de son baptême.

Jusqu’à maintenant, il a vécu parmi les siens, dans son entourage, en Galilée, comme un homme ordinaire, travaillant de ses mains (en exerçant le métier de charpentier, comme son père adoptif, Joseph), partageant sa vie quotidienne avec ses disciples. Rien, absolument rien de sa nature divine, n’est apparu dans l’homme Jésus, dans l’homme de Nazareth.

Puis, soudain, sur les bords du Jourdain, au moment du baptême de Jésus par Jean le Baptiste, Dieu se révèle dans la personne du Christ.

Lui – le Fils de Dieu, Lui- le Verbe de Dieu, sur Lui repose le Saint Esprit de toute éternité. Dieu le Père témoigne de la divinité de Jésus et Le proclame son Fils unique.

Dans l’Évangile de saint Matthieu, nous pouvons lire :

« Et voici, une voix fit entendre des cieux ces paroles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection » (Mt 3, 17).

Précisément à partir du baptême du Seigneur, le monde peut découvrir et connaître les trois Personnes de la Sainte Trinité. C’est tout le mystère qui nous permet d’invoquer le Père et le Fils et le Saint Esprit comme un seul Dieu.

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, aujourd’hui, Dieu apparaît et se révèle, complètement, en trois Personnes. 

Nous ne pouvons rien ajouter à cette vision.

Saint Jean baptiste ne veut pas, mais Jésus insiste, Il enlève son vêtement et incline la tête devant le prophète.

Jésus plonge dans l’eau du Jourdain, Il permet qu’Il soit baptisé, humblement et simplement, par Jean.

Lorsque Jésus descend dans la profondeur du fleuve, nous devenons les témoins d’une complète révolution : ce n’est pas le baptisé qui est purifié, c’est l’eau du Jourdain qui est purifiée.

A partir du jour de notre baptême, nous pouvons nous changer, nous pouvons être transformés, cela devient possible.

Mais nous ne le faisons pas toujours, parce que nous restons fondamentalement libres devant les dons de Dieu. Dieu respecte absolument notre liberté et II ne nous oblige pas à Le suivre.

C’est alors le fameux talent qui ne porte pas de fruit, malheureusement.

Souvenons-nous de ces paroles contenues dans l’Évangile :

« Celui qui n’avait reçu qu’un talent s’approcha ensuite, et il dit : Seigneur, je savais que tu es un homme dur (…).

J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre ; voici, prends ce qui est à toi.

Son maître lui répondit : Serviteur méchant et paresseux (…) » (Mt 25 ; 24-26).

Mais si nous sommes d’accord de travailler avec Dieu et de coopérer avec Lui, si nous permettons que sa grâce nous purifie et nous sanctifie, alors nous pouvons devenir des disciples du Seigneur et nous pourrons recevoir une part de sa sainteté.

Nous avons été illuminés pendant le temps de notre baptême : si nous communions aux saints corps et sang du Christ de façon sincère, avec foi et amour, chaque jour, nous nous rapprocherons de Dieu et de son Royaume.

Voilà pourquoi la fête de la Théophanie est si importante dans l’église orthodoxe, et voilà pourquoi le baptême, que nous avons reçu dans l’Église, apparait comme un sacrement si important dans notre vie personnelle, comme une grâce que Dieu nous a conférée en vue de devenir l’un de ses enfants.  

Amen.

higoumène Alexis

Dimanche 17 janvier 2021

dimanche avant la Théophanie

Assemblée des 70 apôtres (Mc 1 ; 1-8)

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,

C’est le premier verset du premier chapitre de l’évangile selon saint Marc :

« Commencement de l’évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu »

Saint Marc a donné à son Livre saint un titre et il a choisi chaque mot avec soin.

Premier mot : « commencement ou début » : dans la Bible, il y a plusieurs livres, qui commencent par ce mot.

Par exemple, le livre de la Genèse :

« Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre » (Gen. 1 ; 1).

Autre exemple, dans l’évangile selon saint Jean :

« Au commencement, était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu » (Jn 1,1).

 Saint Marc veut donc nous enseigner, dès le début, que Jésus, étant venu sur terre parmi nous, a commencé une nouvelle histoire sainte et Il a inauguré une nouvelle création. Il nous a ouvert un nouveau chemin.

Jésus attend de nous une nouvelle naissance dans l’eau et dans l’Esprit.

Deuxième mot : Évangile. C’est un mot qui vient du grec ancien et qui veut dire, comme l’on sait, bonne nouvelle.

Oui, l’Évangile, ce n’est pas seulement un livre, c’est surtout une nouvelle et une promesse de joie : c’est l’annonce d’un événement qui concerne la personne de Jésus.

Saint Marc nous apprend d’abord le fait que Jésus est le Christ, c’est-à-dire Celui qui a été oint, Celui qui a reçu l’onction (divine).

Jésus a été envoyé par Dieu son Père, afin d’établir le Royaume de Dieu dans le monde et sur la terre.

Saint Marc nous apprend aussi que Jésus est le Fils de Dieu : parce qu’Il a manifesté une relation particulière et unique avec Dieu, son Père ; parce qu’Il était toujours avec Lui ; parce qu’Il était lui-même Dieu.

Jésus, le Fils divin ou bien le Fils de Dieu. Chacun d’entre nous, s’il désire devenir chrétien, c’est-à-dire s’il veut devenir un disciple du Seigneur, pendant toute la durée de sa vie, comprend que Jésus, c’est tout simplement Dieu qui est venu habiter parmi nous, dans l’histoire de l’humanité, puis qui vient sans cesse demeurer en nous.

« Commencement de l’évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu ».

De cette façon, saint Marc, dès le premier verset de son évangile, nous introduit dans le domaine de la théologie et nous laisse entrevoir le mystère de la personne de Jésus.

C’est le programme de toute une vie chrétienne.

Selon les moments, soit que nous traversions une épreuve, soit que nous soyons guéris, soit que nous soyons pardonnés, nous voyons Jésus davantage comme le Christ, ou bien, au contraire, comme le Fils de Dieu.

Pour cette raison, saint Marc nous dévoile, dans son Livre saint, deux enseignements, aux deux extrémités de son ouvrage :

-au début, la confession de l’apôtre Pierre : « Pierre lui répondit : Tu es le Christ » (Mc 8, 29).

-à la fin, la confession d’un soldat romain : « le centenier, qui était en face de Jésus, voyant qu’il avait expiré de la sorte, dit : Assurément, cet homme était Fils de Dieu » (Mc 15,39).

Nous venons d’entendre cette parole dans l’évangile :

« Jean parut, baptisant dans le désert, et prêchant le baptême de repentance, pour le pardon des péchés. (…) Il disait : Moi, je vous ai baptisés d’eau ; lui, il vous baptisera du Saint Esprit » (Mc 1 ; 4-8).

C’est vrai, il y a une différence fondamentale entre le baptême de Jean et le baptême de Jésus. Jean baptise seulement dans l’eau, alors que Jésus va baptiser dans l’Esprit Saint.

Jésus-Christ, Fils de Dieu : sur Lui repose le Saint Esprit de toute éternité, et Il nous offre sans cesse le don de l’Esprit Saint.

Nous savons bien, soit que nous l’avons appris, soit que nous en avons fait directement l’expérience, que la vie chrétienne n’est rien d’autre qu’une vie touchée et illuminée par la grâce de l’Esprit Saint.

Souvenons-nous de l’enseignement de saint Séraphin de Sarov : le but de la vie chrétienne, c’est de faire l’acquisition du Saint Esprit.

Effectivement, le Saint Esprit nous apporte la guérison, le pardon de nos péchés, la paix, la joie, l’humilité, l’amour de nos ennemis, une nouvelle naissance.

Mais nous ne devons jamais oublier que le commencement de toute vie chrétienne, c’est le baptême dans l’eau pratiqué ou accompli par Jean le Baptiste sur les rives du Jourdain.

Le baptême dans l’eau, cela signifie : le jeûne, l’effort, la patience, la prière, la purification, le silence, l’attention, la sobriété et la vigilance. Tout cela correspond au temps de la préparation avant le fait de pouvoir entrer puis de pénétrer dans le Royaume de Dieu. C’est ce que l’Église orthodoxe nomme carême.

Nous sommes croyants et nous désirons, autant que possible, devenir chrétiens orthodoxes. Cela signifie que nous croyons que ce que l’on voit n’est pas tout à fait la réalité ; et qu’il existe des choses que nous ne voyons pas, qui sont invisibles à nos yeux corporels, qui ne sont accessibles qu’à notre foi et qui ne sont perceptibles qu’avec les yeux de notre cœur ainsi qu’avec les yeux de notre intelligence. C’est, par exemple, le mystère de la personne du Christ, le mystère de la Mère de Dieu, le mystère des saints de notre Église, enfin le mystère de la personne humaine créée à l’image de Dieu et à sa ressemblance.

A propos du calendrier liturgique, nous avons la conviction qu’il a été mis au point par les Pères de l’Église, pas par hasard, mais avec une grande pédagogie, avec doigté, afin de nous permettre d’appréhender petit à petit ces mystères, de nous en approcher. Tout va très vite, dans la succession des fêtes liturgiques, et il n’est pas inutile d’essayer de porter un regard distancié.

Le 7 janvier dernier, nous avons célébré la fête de la Nativité du Christ et nous avons été, alors, les témoins d’un événement : le Fils de Dieu s’est incarné, Il est devenu homme, Il est devenu semblable à nous, Il a assumé la nature humaine tout en conservant sa nature divine. Cela s’est passé il y a dix jours en arrière.

Aujourd’hui, c’est le dimanche qui précède la Théophanie et après-demain, mardi 19 janvier (ancien style), nous allons célébrer la fête de la Théophanie. Au fond, c’est comme si nous ne pouvions pas nous appesantir et nous reposer sur cette image du Fils de Dieu devenu semblable aux hommes. Nous sommes irrésistiblement entrainés vers la fête de la Théophanie, qui est un événement majeur dans le calendrier liturgique : l’homme Jésus se révèle, soudain, comme le Fils de Dieu et l’une des Personnes de la Sainte Trinité. Au cours de cette fête, nous commémorons :

-tout d’abord le baptême du Seigneur.

-puis l’image, l’icône et le modèle de notre baptême, par lequel nous sommes entrés dans l’Église et par lequel nous avons été greffés au corps du Christ.

-cette fête a aussi une portée cosmique : la nature déchue, polluée, habitée par les forces du Mal, en recevant le Seigneur qui est plongé dans les eaux du Jourdain, est purifiée, elle est sanctifiée, elle est illuminée, elle est traversée par la grâce divine et l’énergie du Saint Esprit.

-enfin, à la fin de la liturgie, a lieu la grande bénédiction des eaux : c’est l’occasion, pour chaque fidèle, d’emporter de l’eau sanctifiée pour bénir les maisons et les appartements dans lesquels nous habitons, au quotidien.

Si nous le pouvons, si nous sommes disponibles, il faut s’efforcer de venir, soit le lundi soir, soit le mardi matin, soit les deux, pour participer à cette grande fête de la Théophanie et en recevoir une illumination qui nous fera grandir et qui nous fortifiera, sur notre chemin.

Amen.

higoumène Alexis

Dimanche 10 janvier 2021

dimanche après la naissance du Christ

saints et justes Joseph le fiancé, le roi David et l’apôtre Jacques, frère du Seigneur

(Mt 2 ; 13-23)

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,

Nous venons d’entendre, aujourd’hui, dans l’Évangile :

« Voici, un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, et dit ».

Un peu plus loin : « Voici, un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, en Égypte ».           

Si nous voulons devenir chrétiens orthodoxes, nous devons nous efforcer d’être en relation avec le Seigneur, dans notre vie quotidienne, le plus souvent possible.

Nous connaissons bien ces versets tirés d’un psaume de David, car nous les entendons souvent à l’église, au cours des offices :

« J’ai constamment le Seigneur sous mes yeux ;

Quand il est à ma droite, je ne chancelle pas.

Aussi mon cœur est dans la joie, mon esprit dans l’allégresse,

Et mon corps repose en sécurité » (Ps 16 ; 8-9).

Nous connaissons également cet enseignement de l’apôtre Paul, qui tient en quelques mots :

« Soyez toujours joyeux,

Priez sans cesse.

Rendez grâces en toutes choses,

Car c’est à votre égard la volonté de Dieu en Jésus-Christ » (1 Thess. 5 ; 16-18).

Être en relation constante avec Dieu, ce n’est pas, évidemment, de rester enfermé dans une église, ou bien de demeurer à la maison devant une icône ou devant un livre saint.

Être en relation constante avec Dieu, pendant notre travail ou durant nos activités, c’est être heureux d’avoir été créés à l’image de Dieu ; c’est être heureux d’avoir reçu le don de la vie ; c’est être heureux d’avoir été touchés par la grâce divine.

« L’ange du Seigneur dit à Joseph : Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, fuis en Égypte, et restes-y jusqu’à ce que je te parle …

Joseph se leva, prit de nuit le petit enfant et sa mère, et se retira en Égypte » (Mt  2 ; 13-14).

La vie chrétienne est difficile, parce qu’elle est une invitation constante à ressembler au Christ, parce qu’elle consiste, autant que possible, à une assimilation des préceptes du Seigneur.

Le monde nous propose de manifester, dans la vie de tous les jours, de la violence, de l’autorité, de la supériorité, de la désobéissance, du rejet, du non-respect, de l’impatience.

Au contraire, le chrétien orthodoxe, dès lors qu’il veut mettre en pratique l’enseignement qu’il a reçu lors de son baptême dans l’église, préfère témoigner de la patience, de la douceur, de l’humilité, de l’obéissance, de la pauvreté, de la non-résistance.

Souvenons-nous de ce passage de l’Évangile, lorsqu’ils accusent Jésus : Lui ne répond pas pour chercher à se justifier, Il reste silencieux, il reçoit sans broncher le jugement des hommes, il accepte d’être crucifié.

« Le gouverneur interrogea Jésus en ces termes : Es-tu le roi des Juifs ?

Jésus lui répondit : Tu le dis.

Mais il ne répondit rien aux accusations des principaux sacrificateurs et des anciens.

Alors Pilate lui dit : N’entends-tu pas de combien de choses ils t’accusent ?

Et Jésus ne lui donna de réponse sur aucune parole, ce qui étonna beaucoup le gouverneur » (Mt 27 ; 11-14).

Le roi Hérode envoie décapiter Jean dans sa prison.

Sa tête est apportée sur un plat, et donnée à la jeune fille, qui la porte à sa mère.

Les disciples de Jean viennent prendre son corps, et l’ensevelissent. Et ils vont l’annoncer à Jésus. L’évangéliste Matthieu nous livre ce commentaire qui traduit à la fois une forme d’acceptation et d’humilité, ainsi qu’un désir de silence et de prière :

« A cette nouvelle, Jésus partit de là dans une barque, pour se retirer à l’écart dans un lieu désert ; et la foule, l’ayant su, sortit des villes et le suivit à pied » (Mt 14,13).

Amen.

higoumène Alexis

Dimanche 3 janvier 2021

Dimanche des saints Pères

saint hiérarque Pierre, métropolite de Kiev, de Moscou et de toute la Russie, thaumaturge (Mt 1 ; 1-25)

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,

« Généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham » (Mt 1,1)

Dans cette généalogie, en dehors de la Vierge Marie, sont mentionnés quatre noms de femmes :

-Thamar et Rahab ont été deux femmes pécheresses.

-Ruth était une femme étrangère

-la femme d’Urie, Bethsabée, était la femme d’un étranger : elle est devenue l’épouse de David à la suite de graves péchés.

Nous venons de l’entendre :

« Le roi David engendra Salomon de la femme d’Urie ».

David est le deuxième roi dans l’histoire d’Israël.

David était un jeune berger. Par la suite, il est devenu un guerrier, mais aussi un musicien et un poète. Il a écrit, ainsi, de nombreux psaumes.

Un jour, David a eu une relation physique avec Bethsabée, la femme d’Urie, un officier dévoué. Bethsabée est tombée enceinte.

Le roi David a demandé qu’Urie soit en première ligne pendant la bataille, afin qu’il soit tué, et c’est ce qui est arrivé.

Au même moment, David a écouté un récit du prophète Nathan, dans lequel un pauvre a adopté une jeune brebis.

Chaque jour, ce pauvre nourrissait sa jeune brebis, qui a grandi ensemble avec lui. Elle mangeait de son morceau de pain, elle buvait de son verre, elle couchait sur sa poitrine, elle était pour lui comme sa propre fille.

Arrive alors un homme riche, il prend, sans permission, la seule brebis du pauvre, en vue de la consommer.

Le roi David a écouté cette histoire, et il s’est ensuite mis en colère contre ce riche qui, selon lui, méritait la mort.

Le prophète Nathan lui a dit qu’il s’était justement conduit comme cet homme riche, en envoyant Urie à la mort pour lui prendre sa femme.

Le prophète Nathan a vivement reproché à David son péché. Il lui a adressé ces mots : tu as méprisé Dieu, tu as commis quelque chose qui ne plaisait pas à Dieu.

David a reconnu son péché et a répondu à Nathan : oui, j’ai péché contre Dieu.

Le prophète Nathan a ajouté : oui, Dieu te pardonne, Dieu pardonne ta faute, tu ne mourras pas.

Voici le psaume de David, lorsque Nathan est venu vers lui, après qu’il ait eu une relation avec Bethsabée, la femme d’Urie – il s’agit du psaume 50 :

« Aie pitié de moi, ô Dieu, dans ta grande miséricorde et, dans la richesse de ta compassion, efface ma transgression.

Lave moi, toujours plus, de mon iniquité et, de mon péché purifie-moi.

Car mon iniquité je la connais, et mon péché est constamment devant moi.

Contre toi seul j’ai péché et j’ai fait le mal devant toi.

Car tu seras juste dans tes paroles et tu seras vainqueur lorsque tu jugeras ».

Amen.

higoumène Alexis

Dimanche 27 décembre 2020

dimanche des saints Ancêtres du Seigneur

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,

Il y a un mois en arrière, nous sommes entrés dans la période de l’Avent, c’est-à-dire dans le temps de l’attente du Messie ou le temps de l’attente du Christ.

Dans le livre de la Genèse, qui constitue le premier livre de la Bible, nous lisons :

« Et cela fut ainsi. Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le sixième jour » (Gen. 1 ; 30-31).

D’après les premiers mots de la Bible, nous comprenons que Dieu est bon et qu’Il nous aime. A chaque jour de la Création, le regard de Dieu se pose, avec amour, sur tout ce qu’Il a fait.

Lorsque l’homme s’est séparé de Dieu à cause du péché, il a été chassé du Paradis.  Mais Dieu ne l’a pas privé de son amour, Il l’a accompagné par ce message d’espérance : un descendant de la femme vaincra le démon.

« Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ton lignage et son lignage : celui-ci t’écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon » (Gen. 3, 15).

Alors commence l’histoire de l’homme, longue et douloureuse. Cette histoire est faite d’événements au cours desquels Dieu se révèle à l’homme et pendant lesquels Dieu conclut des alliances avec l’homme.

L’Ancien Testament est un Livre merveilleux qu’il faut découvrir, à nouveau, en cette période qui nous conduit, dans une dizaine de jours,  à la fête de la nativité du Christ.

L’Ancien Testament, c’est une longue série d’alliances, souvent rompues par l’homme mais toujours rétablies par Dieu, dans sa bienveillance et dans sa patience infinie à notre égard.

Le patriarche Noé, celui qui a été sauvé du déluge, représente lui-même la première de ces alliances entre Dieu et l’humanité.

A la fin, l’histoire de Noé nous révèle cette rencontre entre l’arc en ciel, la colombe et le rameau d’olivier : ce sont eux qui, depuis le début de l’histoire, apparaissent comme des signes de réconciliation entre Dieu et l’homme. Il faut relire, avec émotion mais aussi avec tendresse, ces lignes qui laissent deviner les sentiments de Noé :

« Au bout de quarante jours, Noé (…) lâcha aussi la colombe, pour voir si les eaux avaient diminué à la surface de la terre.

Mais la colombe ne trouva aucun lieu pour poser la plante de son pied, et elle revint à lui dans l’arche, car il y avait des eaux à la surface de toute la terre. Il avança la main, la prit, et la fit rentrer auprès de lui dans l’arche.

Il attendit encore sept autres jours, et il lâcha de nouveau la colombe hors de l’arche.

La colombe revint à lui sur le soir ; et voici, une feuille d’olivier arrachée était dans son bec. Noé connut ainsi que les eaux avaient diminué sur la terre.

Il attendit encore sept autres jours ; et il lâcha la colombe. Mais elle ne revint plus à lui » (Gen. 8 ; 6-12).

A partir d’Abraham, l’alliance avec Dieu se fortifie : un peuple est né, c’est le peuple d’Israël, un peuple consacré à Dieu.

A partir de Moïse, l’alliance avec Dieu devient plus précise : c’est un mariage entre Dieu et Israël son peuple.

Désormais, l’alliance avec Dieu devient concrète et réelle : cela se traduit par l’attente du Messie et le Messie c’est une personne.

Petit à petit, de siècle en siècle, l’espérance se transmet au peuple, et plusieurs prophètes annoncent maintenant la venue du Messie.

Selon le livre du prophète Michée :

«Et toi, Bethléhem Ephrata, petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui dominera Israël, et dont les activités remontent aux temps anciens, aux jours de l’éternité » (Mich. 5,1).  

Puis selon le livre du prophète Isaïe :

« C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe ; voici la vierge deviendra enceinte, elle enfantera un fils, et elle lui donnera le nom d’Emmanuel » (Isaïe 7,14).

Neuf siècles plus tard, l’archange Gabriel visite une Vierge du nom de Marie, à Nazareth en Galilée. Il dit à Marie ces paroles que nous connaissons bien car nous les entendons chantées à la fin de chaque office des vêpres, le samedi soir, aux vigiles. Il reste qu’ici, précisément à cette période, nous devons les lire ou les recevoir avec attention, piété et dans un silence respectueux :

« Vierge, Mère de Dieu, réjouis-toi, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi : tu es bénie entre les femmes, et béni est le fruit de ton sein, car tu as enfanté le Sauveur de nos âmes ».

Amen.

higoumène Alexis

Dimanche 20 décembre 2020

saint Ambroise de Milan (Lc 17 ;12-19)

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,

« Jésus,  Maître, aie pitié de nous ! ».

Seigneur, aie pitié, Kyrie eleison  en grec ancien.

C’est certainement les premiers mots qu’il est nécessaire de prononcer lorsque nous nous adressons à Dieu.

Seigneur, aie pitié de moi !  Pardonne-moi mon manque de prière, ma brutalité ou ma dureté de cœur, mon impatience, mon indignité, mon manque d’humilité, mes nombreux péchés et la faiblesse de ma foi.

Ces mots, nous les entendons souvent au cours de la divine liturgie : Prions le Seigneur, Seigneur aie pitié !

Par ailleurs, aussi souvent que possible, nous devons nous efforcer de dire, tout au long de la journée et une partie de la soirée ou de la nuit :

— ô Dieu, purifie-moi et aie pitié de moi

— Seigneur, Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi.

« L’un deux, se voyant guéri, revint sur ses pas, glorifiant Dieu à haute voix ».

En tant que chrétiens orthodoxes, dans notre vie quotidienne, nous oublions souvent de rendre grâce au Seigneur et de Lui être reconnaissants.

Et pourtant, nous avons reçu de Dieu de nombreux bienfaits. Par exemple, le don de la vie ; nous pouvons venir prier dans cette belle église de Saint Serge, contempler de magnifiques icônes et écouter de très beaux chants liturgiques.

Dieu nous a accordé ses largesses, Il nous a réservé des joies innombrables, aussi nous ne devons pas être ingrats à l’égard du Seigneur, afin de ne pas être privés de sa grâce divine.

Souvenez-vous de la parabole du repas festif, dans l’Évangile : un homme a préparé un banquet à l’occasion du mariage de son fils. Mais les invités n‘ont pas voulu venir y participer. Puis, cet homme a envoyé ses serviteurs pour les inviter à nouveau. Eux, comme auparavant, ont refusé d’y assister. A la fin, il a dit :

« Les noces sont prêtes, mais les invités n’en étaient pas dignes » (Mt 22,8).

La guérison physique du corps, pour le chrétien orthodoxe, n’est pas la chose la plus importante. Ce qui compte surtout, ce qui est le plus important et c’est justement ce qui nous est enseigné dans l’évangile d’aujourd’hui, c’est le salut de l’homme tout entier.

Le lépreux guéri retourne aussitôt vers Jésus, il s’incline à ses pieds et Lui rend grâce.

Il souhaite établir des relations personnelles et sincères avec le Christ. A la fin, le Seigneur le relève, le rétablit et le ressuscite, en lui disant ces paroles :

« Lève-toi, va ; ta foi t’a sauvé ».

Saint Jean le théologien nous raconte, dans son Évangile, la guérison d’un aveugle-né. A la fin, Jésus interroge l’aveugle qui a été guéri et qui a retrouvé l’usage de la vue :

« Crois-tu au Fils de Dieu ?

Et qui est-il, Seigneur, afin que je croie en lui ?

Tu l’as vu, et celui qui te parle, c’est lui.

Je crois Seigneur ». Et il l’adora.

A ce moment précis, l’aveugle n’est pas seulement guéri corporellement, mais il est complètement sauvé.

Amen.

higoumène Alexis

Dimanche 13 décembre 2020

Saint André, le premier apôtre appelé (Jn 1, 35-51)

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,

Aujourd’hui, nous célébrons la mémoire de saint André, le premier apôtre appelé par le Seigneur.

Saint André était un Juif de Galilée, il était le frère de l’apôtre Pierre. C’est le premier des apôtres à connaître Jésus-Christ, juste après son baptême, sur les bords du Jourdain.

Mais son appel définitif a eu lieu, lorsque Jésus l’a rencontré, en présence de son frère Simon-Pierre, en train de jeter les filets dans le but d’attraper des poissons, sur le lac de Tibériade. Pour cette raison, la tradition de l’Église lui donne le titre de « premier appelé » par le Seigneur.

Vous vous souvenez de ces mots tirés de l’évangile :

« Comme Jésus marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et André, son frère, qui jetaient un filet dans la mer ; car ils étaient pêcheurs.

Il leur dit : Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes.

Aussitôt, ils laissèrent les filets, et le suivirent. » (Mt 4 ; 18-20).

Après la Pentecôte, saint André part prêcher l’Évangile, au cours d’un long voyage autour des côtes de la Mer Noire.

Il est considéré comme le fondateur de l’Église de Constantinople.

A la fois apôtre et martyr, à l’appel du Christ, il laisse aussitôt ses filets pour devenir pêcheur d’hommes.

Son long voyage se termine en Achaïe, à Patras, où il est crucifié.

Le proconsul de la région lui propose, soit de sacrifier aux idoles, soit de mourir sur la croix. Il choisit de mourir en martyre comme son frère Simon-Pierre et comme le Christ. Il survit pendant deux jours, sur la croix, pendant lesquels il n’arrête pas de prêcher la bonne parole. Il meurt dans une grande lumière.

Jésus interroge ses deux disciples en leur demandant ce qu’ils cherchent. Eux répondent qu’ils cherchent, non pas quelque chose, mais Quelqu’un.

« Jésus se retourna, et voyant que deux disciples le suivaient, il leur dit : Que cherchez-vous ? Ils lui répondirent : Rabbi (ce qui signifie Maître), où demeures-tu ? » (Jn 1, 38).

C’est vrai pour chacun d’entre nous : au commencement, nous cherchons, nous cherchons quelque chose, mais nous ne savons pas quoi précisément.

Ayant connu la maladie, la souffrance, la tentation, l’épreuve, les difficultés, mais aussi certaines joies, et également quelquefois le bonheur, nous cherchons Quelqu’un, une Personne, sans pouvoir encore mettre un nom sur ce Visage. Plus tard, nous nous efforçons d’aller à la rencontre du Seigneur, car ce Visage nous a été dévoilé dans un moment de grâce divine, et nous savons désormais vers Qui nous pouvons nous tourner et demander un secours.

Nous venons d’entendre, aujourd’hui, dans l’Évangile :

« Où demeures-tu ?

Venez, leur dit-il, et voyez. Ils allèrent, et ils virent où il demeurait ; et ils restèrent auprès de lui ce jour-là ». (Jn 1 ; 38-39).

Vivre avec Jésus, rester en sa présence, Le suivre, marcher dans ses pas, tout cela il faut le comprendre dans un sens théologique. Cela se rapporte à l’accomplissement de la foi, à un attachement définitif à la personne du Christ.

Il existe plusieurs étapes par lesquelles le chrétien orthodoxe doit passer, dans sa vie spirituelle qui se déroule dans l’espace mystique de l’Église :

-aller vers Jésus, Le rejoindre, le Servir : cela signifie le travail, l’action, les œuvres, comme, par exemple, apporter de l’aide à notre prochain, dans notre entourage.

-puis, rester auprès de Jésus, vivre en sa présence, dans sa proximité immédiate : cela se traduit par la psalmodie, les offices liturgiques à l’église, la lecture, la méditation, la contemplation, la connaissance de Dieu.

-en dernier lieu, c’est Jésus qui vient vers nous pour habiter en nous, à travers les sacrements : le baptême, la chrismation ou l’onction d’huile sainte, le mariage, la confession, la communion eucharistique, l’ordination, etc.

Au fond, ces étapes correspondent au cycle de la vie sur terre, pour chacun de nous :

-au début de notre existence, c’est notre corps qui est plein de force et d’énergie, au point que c’est lui qui porte et qui mène l’âme et l’esprit. Notre relation au Christ est faite de services, d’œuvres, de bonnes actions, d’ouvrages accomplis, etc.

-puis, comme nous avançons en âge, le corps décline, il est moins fort, il a moins d’énergie, et c’est l’âme qui prend le relais, c’est elle qui nous dirige et qui construit notre nouveau rapport avec le Seigneur : à travers la prière, essentiellement.

-enfin, lorsque le corps est très affaibli, l’âme demande que le Seigneur habite dans son cœur et qu’Il lui donne la force de vivre, avec piété et dignité, jusqu’à notre dernier souffle.

Nous connaissons bien cette prière, adressée au Saint Esprit, parce que nous la prononçons plusieurs fois dans la journée et que nous l’entendons, de façon solennelle, au début de chaque divine liturgie :

« Roi du Ciel, Consolateur, Esprit de vérité, (…) viens et fais ta demeure en nous ».

Amen.

higoumène Alexis


Saint Apôtre André, le premier appelé, monastère Sretensky, Moscou

Dimanche 6 décembre 2020

Saint Alexandre de la Neva

Après-fête de la Présentation au Temple de la Mère de Dieu

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,

Vendredi dernier, c’est à dire avant-hier, nous avons célébré la fête de la présentation au Temple de la Très Sainte Mère de Dieu.

Ce jour-là, les parents, Joachim et Anne, conduisent leur fille Marie dans l’Église.

Ils accomplissent le vœu, qu’ils ont prononcé devant Dieu avant la naissance de leur fille : celui de consacrer Marie, entièrement, à Dieu.

Ce jour-là, Marie pénètre dans l’Église, à travers le parvis ; puis elle entre dans une grande salle ; elle monte plusieurs marches d’escalier et arrive enfin dans le saint des saints, où personne n’a le droit d’entrer, à l’exception du grand prêtre, une fois dans l’année.

A cet instant, tout le monde s’en étonne mais personne ne décide d’arrêter l’enfant dans son cheminement, ni les hommes, ni même les anges.

Nous sommes alors les témoins que les deux parents apportent, en guise d’offrande, leur enfant bénie auprès de Dieu.

Ils conduisent leur fille dans l’Église, ils se séparent d’elle, alors qu’ils ont tant désiré avoir un enfant, pendant de longues années.

Déjà avant la naissance de Marie, ils ont promis à Dieu de consacrer leur enfant à Dieu, si leur prière était entendue et exaucée.

Ils n’ont pas désiré leur enfant pour eux-mêmes ; non, ils ont prié pour cet enfant afin d’accomplir le dessein du Créateur. C’est évidemment un enseignement pour chacun d’entre nous : chaque enfant qui naît et qui vient au monde, il vient dans ce monde pour la gloire de Dieu et pour l’accomplissement ou la réalisation du plan de Dieu. Ce n’est pas seulement pour le bonheur de ses parents.

Marie pénètre dans l’Église et se prépare à devenir le Temple du Seigneur. Précisément par le Saint Esprit, le Verbe de Dieu prend chair et s’incarne en elle. Alors, Marie, à travers cet enfantement et cette inhabitation, devient le Temple du Saint Esprit.

Justement, ce que Marie a atteint dans sa vie, de mettre au monde Jésus, le Fils de Dieu, nous sommes appelés à le réaliser, autant que possible, dans notre propre vie.

Oui, c’est bien là notre vocation en tant que chrétiens orthodoxes : devenir, pour chacun d’entre nous, la Maison de Dieu, le Temple de sa grâce.

Souvenons-nous des mots de cette prière que nous prononçons plusieurs fois dans la journée et que nous entendons au début de chaque divine liturgie :

« Roi du Ciel, Consolateur, Esprit de vérité (…) viens et fais ta demeure en nous … ».

L’Église – c’est toute la sagesse de nos Pères de l’Église qui ont composé nos offices et qui ont positionné les fêtes dans l’ensemble du calendrier liturgique, avec une grande pédagogie – a placé cette fête de la présentation au Temple de la Mère de Dieu, au début de la période qui nous conduit à la célébration de la fête de la naissance du Christ.

Dans un mois très exactement, à un jour près, nous allons fêter la naissance du Christ. Comme le peuple d’Israël attendait le Messie, Marie réalise, dans sa propre personne, l’attente du Fils de Dieu. En mettant au monde Jésus, elle accomplit la promesse faite par Dieu à son peuple élu dont nous faisons partie depuis notre baptême.

Aujourd’hui, nous comprenons beaucoup mieux les mots de ce chant inspiré, si souvent entendu dans l’Eglise, au cours des offices :

« Toi, plus vénérable que les chérubins et plus glorieuse, sans comparaison, que les séraphins, toi qui, sans corruption, as enfanté Dieu le Verbe, toi véritablement Mère de Dieu, nous te magnifions ».

Lorsque deux parents vont mettre un enfant au monde, ils se concertent longuement avant de prendre une décision importante quant au choix du prénom à conférer à l’enfant nouveau-né qui va naître, dans quelques semaines ou dans quelques mois. C’est donc, à chaque fois, un acte solennel et mûrement réfléchi et médité.

Lorsque ces parents décident d’appeler leur fille Marie, il y a là un acte particulier. En effet, Marie, Mère de Dieu, incarne, pour nous et bien sûr pour l’Église, la patience, l’attente, le travail dans l’ombre, le dévouement, l’obéissance, la pureté, la consécration à Dieu, la prière. Il faut être tout particulièrement attentifs lorsque nous sommes amenés à rencontrer, dans notre entourage, dans notre milieu et dans notre communauté, des enfants qui portent le prénom de Marie, car les parents de ces enfants, à travers ce choix du prénom, ont, sans doute, accompli, plus ou moins consciemment, un geste d’offrande au Seigneur.

Amen.

higoumène Alexis