Fête de la Nativité de Notre Seigneur Jésus Christ

Jeudi 7 janvier 2021, l'office a été présidé par notre recteur, l'higoumène Alexis (Pechev), en présence de nombreux fidèles accompagnés de leur enfants. La veille, une patrouille du plan Vigipirate a veillé à la sécurité des lieux et participé à l'office. L'ambiance était priante et chaleureuse notamment grâce à notre chœur.

A l'occasion de la fête de la Nativité le père higoumène Alexis a prononcé l'homélie suivante:

La Nativité (paroisse Saint Serge)

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,

Etant né à Bethléem, en Judée, Jésus entre dans le temps et dans l’espace, Lui qui est éternel et infini.

Aujourd’hui, prend chair le Fils de Dieu, Il devient pour nous proche et accessible, Il devient un homme qui parle avec nous et qui nous écoute, qui partage notre condition et notre sort, qui connaît nos joies et nos peines.

Le dimanche, mais aussi à chaque grande fête et, bien sûr, aujourd’hui, pendant la divine liturgie, nous allons, ensemble, chanter le symbole de foi :

 « Je crois (…) en un seul Seigneur Jésus-Christ (…). Qui pour nous, hommes, et pour notre salut, est descendu des cieux, s’est incarné du Saint Esprit et de la Vierge Marie, et s’est fait homme … ».

Et puis, il y a cette parole, dans l’Évangile selon saint Jean, que nous entendons la nuit de la fête de Pâques :

« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu » (Jn, 1,1).

L’évangéliste Luc va dans le même sens :

« En ce temps-là parut un édit de César Auguste, ordonnant un recensement de toute la terre. (…).

Joseph aussi monta de la Galilée, de la ville de Nazareth, pour se rendre en Judée, dans la ville de David, appelée Bethléem, parce qu’il était de la maison et de la famille de David, afin de se faire inscrire avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte » (Lc 2 ; 1-5).

L’évangéliste Matthieu, dès le début, nous montre que Jésus est entré dans le temps et dans l’espace :

« Jésus étant né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode, voici des mages d’Orient arrivèrent à Jérusalem » (Mt 2, 1).

La petite ville de Bethléem devient, alors, le lieu de la rencontre entre l’histoire des hommes et la vie de Jésus. Elle devient aussi la rencontre entre un ordre de l’empereur, relatif à un recensement de toute la population, et la volonté de Dieu.

Les mages viennent de l’Orient et arrivent à Jérusalem. Ils voient l’étoile et se mettent à la suivre. Ils entrent dans la maison, voit le petit enfant Jésus et se prosternent devant Lui.

Ces mages, qui sont instruits, qui connaissent la science au sujet des étoiles, qui sont renommés, ils se mettent à adorer un pauvre enfant nu. Devant Jésus, ils renoncent à leurs titres, à leur puissance, à leur autorité, à leur réputation et à leur orgueil.

Aujourd’hui, nous devons nous efforcer, autant que possible, de suivre leur exemple : abandonner notre certitude, notre orgueil, notre dureté de cœur et notre sévérité, et essayer de devenir humbles pour découvrir la vraie connaissance dans le Soleil de justice. 

Les mages voient un petit enfant dans une crèche ou une étable, et sont remplis de joie, car ils ont trouvé la vérité, la véritable connaissance, la lumière et la paix.

Ne pensons pas que trouver le Christ est facile, rapide et simple.

Les mages ont effectué beaucoup de recherches, avant de trouver l’étoile dans le ciel, puis ils l’ont suivie et ils ont trouvé Jésus nouveau-né. Nous devons suivre leur exemple : essayer d’atteindre le Christ, en témoignant, comme ces mages – des serviteurs des astres- de la patience, de la confiance, de l’humilité et de la générosité.

« Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin » (Mt 2,12).

A partir d’aujourd’hui, Dieu est entré dans notre histoire, dans notre existence quotidienne, dans notre vie de tous les jours, dans cette vie ordinaire où nous avons vite fait de nous consacrer seulement aux choses matérielles. Eh bien, désormais, il faut accorder à Dieu, c’est-à-dire au Christ, au Fils de Dieu, une place, un espace, un temps, un moment, une attention, une disponibilité, une écoute. Il s’agit, autant que possible, de ne plus vivre pour soi-même, seulement pour cette vie passagère et éphémère. Il s’agit de penser, de pressentir, de concevoir, d’admettre qu’il existe aussi une infinité, une éternité, une vie au-delà de la mort, un Royaume – le Royaume des Cieux – au-delà de cette terre ferme et informe.

De façon plus concrète mais aussi de façon plus exigeante, comme Marie a accueilli Jésus dans son sein, comme la crèche a reçu l’enfant Jésus nouveau-né, chacun d’entre nous peut et même a vocation à recevoir, en lui-même, la présence du Seigneur, afin qu’Il demeure en lui, qu’Il habite en lui et qu’Il grandisse en lui.

Amen.

Samedi 12 décembre 2020, le père higoumène Alexis, accompagné du père diacre Nikola et du chantre Maciej Leszczyński, a baptisé le nouveau-né Alexandre au domicile de ses parents à Bry-sur-Marne. A cette occasion, il a prononcé une homélie avant l'office.

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,

On entend souvent la question de savoir quelle est la différence entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe ? Quelquefois cette question nous est même adressée directement.

Il est difficile d’y répondre. Nous contenterons, ici, d’être concret et de donner un exemple à titre d’illustration, sans chercher aucunement à vouloir épuiser le sujet. Sans chercher, non plus, à émettre un jugement de valeur.

-dans l’Église catholique, le 6 janvier, on célèbre à la fois : la visite des rois mages, le baptême du Christ et le miracle de Jésus aux noces de Cana. C’est ce qu’on appelle l’épiphanie ou plusieurs manifestations de Jésus au monde.

-dans l’Église orthodoxe, le 6 janvier – ou bien le 19 janvier, suivant le calendrier julien- , on célèbre un seul événement de la vie du Christ : son baptême dans les eaux du Jourdain. C’est ce qu’on appelle la théophanie. C’est la seule manifestation de Dieu proclamée ce jour-là. Dieu se manifeste pleinement et on ne peut rien ajouter à cette vision. C’est toute la différence d’intensité qui existe entre le mot épiphanie et le mot théophanie.

Jésus a trente ans au moment de son baptême. Jusqu’à présent, il a vécu parmi les siens, en Galilée, comme un homme ordinaire, en travaillant avec ses mains, en apprenant le métier de charpentier auprès de son père Joseph, en partageant la vie quotidienne de ses semblables.

Rien de sa nature divine n’a transparu, dans l’homme Jésus, jusqu’à ce jour, pour ceux qui l’ont approché : ses disciples, la foule, etc.

Soudain, au bord du Jourdain, un événement inouï se produit : Dieu se révèle dans la personne de Jésus, Il est proclamé Fils de Dieu ou Verbe de Dieu. La voix du Père lui rend témoignage et l’Esprit Saint vient reposer sur Lui sous la forme d’une colombe.

A partir du baptême du Christ, pour la première fois, on découvre le Dieu en trois Personnes : le Père, le Fils et le Saint Esprit.

C’est un peu l’histoire de chacun d’entre nous, et, aujourd’hui, celle de l’enfant Alexandre. Alexandre : je sais que vous l’appelez Sacha, au quotidien.

Jusqu’à maintenant, il a vécu comme un enfant nouveau-né, qui ressemble aux autres enfants nouveau-nés.

Mais, aujourd’hui, il va être baptisé, il va être chrismé, il va recevoir l’onction divine du Saint Esprit, il va recevoir la grâce de Dieu qui va se loger à l’intérieur de lui. Les tentations, les forces du mal, le diable, vont se trouver à l’extérieur, chassés par le doigt de Dieu. Le combat ne va pas s’en trouver plus facile, mais la personne d’Alexandre doit pouvoir être rassurée de savoir qu’en elle, habitent désormais l’image de Dieu et le début de sa ressemblance avec Dieu. Voilà pourquoi le sacrement du baptême est un sacrement si important pour la vie de chaque chrétien qui désire devenir un membre à part entière de l’Église.

A partir d’aujourd’hui, Alexandre devient une autre personne, tout simplement un enfant de Dieu, un enfant accueilli dans la demeure de Dieu, un disciple du Seigneur. A la fin de la cérémonie, il sera revêtu d’une croix, suspendu à son cou et reposant sur sa poitrine. Les mots et les symboles sont importants : le cou, la poitrine, le cœur. Muni de cette croix, Alexandre sera en mesure de suivre le Sauveur et de chercher à Lui ressembler.

A partir de notre baptême, nous pouvons nous transformer, cela devient possible, mais nous ne le faisons pas toujours. Car nous restons libres devant les dons de Dieu. C’est alors le talent enfoui qui ne porte pas de fruit, hélas, comme dans la parabole des talents.

C’est ici la responsabilité des parents Maximilien et Galinne, c’est évidemment la responsabilité du parrain et de la marraine Bertrand et Camille, c’est aussi la responsabilité de la communauté et de la paroisse qui vont l’accueillir et l’accompagner. Car tout enfant doit s’épanouir dans l’Église, au sein d’une grande famille, d’une communauté, d’un groupe.

Si nous acceptons de coopérer avec Dieu, c’est-à-dire de travailler avec Lui, de laisser sa grâce agir en nous, nous pouvons grandir, nous pouvons nous transformer, nous sanctifier, devenir des saints, à travers les sacrements qui nous sont conférés dans et par l’Église : baptême, chrismation, communion, confession, etc.

Nous connaissons bien la parabole de l’enfant prodigue, qui a vécu, à un moment, une vie dissipée.

-il reçoit son bien de la part de son père.

-il le dépense, il le dilapide dans un pays lointain, il vit dans la débauche et l’insouciance.

-un jour, il rentre en lui-même et il éprouve le vif désir de revenir, de retourner dans la maison de son père.

-il éprouve le sentiment d’une vraie nostalgie, le sentiment aussi d’être éloigné, d’être exilé.

-il souhaite ardemment goûter à nouveau la joie du royaume des cieux, de pénétrer à nouveau dans la maison de Dieu.

Aujourd’hui, l’enfant Alexandre va sentir, à travers ses parents qui sont présents, à travers ses parrain et marraine qui le portent, la grâce du Royaume de Dieu, l’intuition de la patrie céleste. Plus tard, il est possible qu’il s’éloigne de cette grâce, de cet effleurement divin, de ce souffle de Dieu. Il éprouvera le désir de retrouver ce paradis perdu.

La vie chrétienne, c’est une vie d’exil, c’est une existence en exil, c’est une marche vers le Royaume des cieux. Nous sommes des pèlerins, de passage sur la terre, et notre patrie est située dans le ciel.

Au cours des matines (le samedi soir), en période de pré-carême, avant la fête de Pâques, l’Église orthodoxe a prescrit de chanter, juste après le Polyéléos, le psaume 136 : c’est le psaume que les Juifs chantaient, avec nostalgie, pendant leur captivité à Babylone, en pensant à Jérusalem la ville sainte. Ce chant – ou ce psaume – exprime bien l’exil de toute vie chrétienne, surtout lorsqu’à un moment donné, on s’est éloigné, malheureusement, de l’Église, de la prière, des sacrements, et des vertus évangéliques. En voici des extraits :

« Au bord des fleuves de Babylone,

Nous étions assis et pleurions,

Nous souvenant de Sion…

Comment chanterions-nous

Un cantique du Seigneur

Sur une terre étrangère ?

Si je t’oublie, Jérusalem,

Que ma droite se dessèche !

Que ma langue s’attache à mon palais,

Si je perds ton souvenir,

Si je ne mets Jérusalem

Au plus haut de ma joie … ».

Amen.